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Full text of "Le tombeau de Jacques Molai, ou, Le secret des conspirateurs, à ceux qui veulent tout savoir : œuvre posthume /"

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LE TOMBEAU 

DE 

JACQUES MOLAI, 

O U 

LE SECRET 

DES CONSPIRATEURS, 

A CEUX QUI VEULENT TOUT SAVOIR. 
ŒUVRE POSTHUME 
A C. L. C. G. D. L. S. D. M. B. C, D. V. 

Ni l’or , ni les honneurs ne payeroient mon silence. 


A P A R I S, 

Chez les Marchands de NouvEAüxis, 



Vnn 4^, de Cère française» 






( 3 ) 



LE tOMBEAU 


P E 

JACQUES MO LAI, 

O U 

LE SECRET DES CONSPIRATEURS, 

A CEUX QUI VEULENT TOUT SAVOIR. 

L’observateur philosophe , qui , -sans appar-- 
tenir à aucun parti , étudie dans le silence du 
cabinet ; celui qui tient la plume de l’hisloire , 
et qui s’est chargé de la pénible fonction de trans- 
mettre à la postérité les annales de nos vertus 
et de nos crimes ; pourront ils se rendre compte 
de la cause de toutes les fluctuations , de tous 
les événemens bizarres , étonnans ou atroces qui 
se succèdent avec tant de rapidité , et dont le pai- 
sible ami de l’ordre est le jouet depuis sept ans ? 
Non , sans doute, un voile impénétrable doit 
peut-être couvrir les ressorts compliqués de nos 
révolutions. 

Aa 


( 4 ) 

On reconnoît bien dans les vainqueurs de 
Gemmappe et de Fleurus , les mêmes Français 
qui triomphèrent sous Créqui , Turenne et Câ- 
linât. Ce peuple qui, plein d’une aveugle rage, 
massacre des prisonniers sans défense , qui in- 
sulte avec fureur les meilleurs citoyens conduits à 
réchafaud ; qui , burlesquement féroce , se con- 
sole par des chansons ^ des maux les plus cruels , 
est bien ce piêJne peuple qui dévora les restes 
sanglans du maréchal d’Ancre ; ce même peuple 
qui, le lendemain de la Saint-Barthélemy, chan- 
toit dans Paris, passio Domini nostri Gaspardi 
Colïgni secundum Bartholomeum, Mais , inca- 
pable de juger ce qu’il fait, quelle est la main 
qui le dirige^ ? 

J’ai lu l’histoire des proscriptions ; celles des 
Juifs , des Chrétiens , des Mithridate, de Marins, 
de Sylla , des Triumvirs , les boucheries de lliéo- 
dose et de Théodora , les fureurs des Croisés 
et de l’Inquisition , les supplices des Templiers , 
rhistoire des massacres de Sicile , de Merindoî , 
de la Saint-Barthélemy ; ceux d’Irlande , du Pié- 
mont , des Cévennes, du Nouveau-Monde. J’ai 
frémi en comptant vingt-trois millions cent 
quatre-vingt mille hommes froidement égorgés, 
POUR DES OPINIONS 1 Mais je n’ai vu , dans cha- 
cun de ces attentats, qu’une seule cause, et nos 



( n 

malheurs semblent produits par toutes celles qui , 
dans les siècles de barbarie, ont fait verser le 
sang des hommes. 

Interrogez séparément un historien ^ un cal- 
culateur , un philosophe, un politique; deman- 
dez-leur quel est le démon dévastateur qui dé- 
chire la France , qui épuise la population , qui 
corrompt la morale, qui bouleverse les proprié- 
tés , qui ruine le trésor public ; demandez-leur 
aussi quel est le génie créateur qui familiarise le 
peuple avec les idées de la saine philosophie , qui 
lui enlève les préjugés, et lui fait adopter de sages 
institutions ; demandez-leur qu’ils débrouillent ce 
chaos , ce mélange étonnant de vertus et de for- 
faits y de courage et de lâcheté , de génie et de 
stupidité ; ils vous répondront tous différem- 
ment. 

L’un supposant le peuple agissant par 
même , et toujours pour le bien , attribuera tous 
les malheurs de la révolution à la faction de V 
tranger. En voyant les rôles distribués aux suisses 
Pache Qi Marat y à l’autrichien Frolj , à l’espa 
gnol Gusrnan^ au prussien Cloot^ , au polonais 
Lazj>uski 5 à l’italien Buonarotù , au. prince 
Charles de Hesse, à Miranda, Marchena, Wes- 
termann, Wimpfen , Kellermann, 'etc. etc. etc, 
etc ; il tentera de démontrer ccmrnenl la France 

A3 


( 6 ) 

a toujours été la victime de ses ennemis naturels^ 
Ce système peut acquérir ^-eaucoup de vraisem- 
blance. 

L’autre croira tout expliquer , en vous faisant 
rhistoire des préjugés et des passions humaines. 
Selon lai ^ l’orgueil de la noblesse, l’avarice des 
parlemens, le fanatisme des prêtres, l’esprit de 
corps, l’amour de ja nouveauté , d’ambition , sont 
les seuls ëlémens de nos troubles. 

Celui-là s’imaginera, peut-être avec fonde- 
ment , reconnoître dans les excès populaires , la 
vengeance des protestans proscrits par la révoca-- 
tion de l’édit de Nantes, j. 

Un quatrième , partisan de la fatalité, ne verra 
d’autre cause motrice que le hasard. S’il est supers- 
titieux , il vous parlera de la fameuse prophétie 
qui attira , il y a deux ans , tant de curieux àja 
bibliothèque, et qui se termine par promettre que 
Va'igU rapportera en France le rejettoii des 

lys ; ou bien il vous citera la viûon de 

Childéric , rapportée dans le Trésor de VHistoire 
de France (i') Comme ce morceau recherché 
des fatalistes n’est pas très-connu, on me saura 
gré de le transcrire ici : le voici. 

(i) tmprid.ê à Rouen en i65o , chez Antoine Fctrand ; dé- 
liié à M. de Machanîî, 


7 ) 

«c Bassine la première nuit de ses nopces aveC' 
le roi Childéric le pria de s’abstenir de copu- 
» dation charnelle et qu’il eut à se tenir à la porte 
de son palais. Il y alla et vit en la cour y comme 
des licornes , léopards et lions. Cela vu , s’en 
3^ retourna tout épouvanté en sa chambre , et 
33 raconta à la royne , laquelle le pria d’y re- 
» tourner pour la seconde fois ; ce qu’il fit et vit 
33 comme des ours , loups et autres bestes ra- 
33 vissantes courant sur les unes les autres. Estant 
34. revenu annonça a la royne sa vision , laquelle le 
33 pria a grande instance de retourner s lors il lui 
33 sembla voir des chiens, des, chats avec autres 
» petits animaux qui se mordoient et se dechi- 
roieiît l’un l’autre. Au matin la royne lui ex- 
33 pliqua ses visions, disant que de leurs se- 
» mences sortiroient nobles rois forts et vaillans 
» comme licornes et lions ; que la seconde lignée 
» seroit encliné à la rapine comme loups et ours : 
» et par les chiens et chats qui se battoient étoit 
signifié que vers la hn de la monarchie ceux 
33 qui tiendroient la couronne seroient sans vertu 
33 vicieux et avares ; et les petits animaux deno- 
>3 toient le populaire qui s’entretueroit l’un 
3> l’autre 3 j. 

Tout homme sensé lève les épaules en lisant 
de pareilles puérilités , ou tout au plus il rit de h 

A 4 


y 


( 8 ) > 

sage précaution de Bassine , qui attend pour ex- 
pliquer la vision du roi , qu’il ait complètement 
rempli son devoir marital ; tout philantrope sou- 
haitera qu’il n y ait pas plus de réalité dans les ré- 
vélations suivantes. 

Je vais parler des Adeptes, des Initiés, des 
Francs Maçons 5 des Illuminés ; dévoiler leurs 
terribles mystères, leurs attentats politiques ^ et 
faire connoitre l’influence qu’ils ont eu dans notre 
révolution. 

Citoyens , qui voulez la liberté de tous, con- 
noissez vos amis intérieurs , vos assassins ; et vous, 
puissans dépositaires du pouvoir exécutif , si nul 
de vous n’a juré sur la tombe de Molai , hâtezr 
vous de délivrer la France , ou tremblez pour 
vous-même. 

L’homicide confédération des Adeptes dure 
depuis six siècles. Ils armèrent Harpocrate d’un 
poignard, et leur secret fut gardé. Tout est nou- 
veau dans leur histoire , et Ton me pardonnera 
de remonter à son origine 

Ap ès les croisades , des chevaliersse consa- 
crèrent à la défense du Saint-Sépulchre , et s’é- 
tablirent 5 en 1 1 1 3 , à Jérusalem , soîjs le nom de 
Temphersou chevaliers de la Milice du Femplec 
Le roi Beaticiouin II leur donna une maison située 
guprès de l’église de Jérusalem, qu’on disoit avoir 


(P) 

été autrefois le temple de Salomon. Après la ruine 
du royaume de Jérusalem, en iï 85 , les Tem- 
pliers se répandirent dans tous les états de TEu- 
rope, firent de nombreux prosélytes , et s’enri- 
chirent aux dépens de tous les états. En 1312, 
ils possédoient en Europe neu/' mille seigneuries* 
De si grands biens excitèrent l’envie, leur firent 
beaucoup d’ennemis; eî Philippe-le-Bel, secondé 
par le pape Clément V, dont ils refusoient de 
reconnoître l’autorité, résolut de les faire périr. 
Leur histoire a été faite par M. Dupuis ; mais ce 
que cet écrivain ne savoit pas , c’est que ces che- 
valiers 5 qui s’étoient juré entre eux fraternité , 
étoient convenus entre eux de signes et de paroles 
pour se reconnoître par toute la terre ; c’est qu’ils, 
ten oient effectivement des assemblées mysté- 
rieuses , et que , déguisant leurs intentions sous 
des cérémonies symboliques , ils formèrent le 
projet d’usurper la souveraineté de tous les em- 
pires , comme ils avoient usurpé les plus grands 
biens de l’Europe. 

Philippe le-Bel envoya un ordre à tous les offi- 
ciers du royaume pour les arrêter, et le 13 oc- 
tobre 1309, ils furent tous saisis en France. Le 
pape publia des bulles pour engager les puis- 
sances à imiter Philippe- le-Bel. La Castille, l’Ar- 
ragon, la Sicile et l’Angleterre obéirent. 


c îô ) 

Jacques Moîai , grand-maître de Tordre ^ fut 
mis à la bastille ( i ) ; du fond de sa prison il 
créa quatre loges- mères; savoir : pour TOrient , 
Naples ; pour TOccident , Êdimbourg ; pour le 
Nord , Stokholm ; et pour le Midi , Paris. 

Cependant , soixante-neuf chevaliers , aprèf 
avoir souffert les plus grandes tortures, furent 
brûlés vifs à la porte Saint-Antoine. Jacques 
Molai, et Guy Dauphin d'Auvergne, furent jetés 
dans les flammes le i 3 mars 1314, à la même 
place où étoit la statue équestre d'Hènri IV. En. 
montant sur le bûcher^ Molai annonça le jour 
et Theure où périroient le roi et le pape; Bossuet 
et Hugues des payens, conviennent que sa pré- 
diction s’est vérifiée. Il n’est resté de la première 
institution, que Tordre de Malte. 

Le lendemain de Texécution de Molai , des 
Templiers déguisés en vinrent recueillir 

les cendres du bûcher. Quinze jours après, le 
nommé Squin de Floriau , chevalier apostat , qui 
avoit dénoncé Tordre , meurt assassiné. Le Pape 
le fait enterrer à Avignon , et le béatifie ;- mais 
les 1 empliers enlèvent son corps de son tom- 
beau et y déposent les cendres de- Jacques 


(i) La bastille n’étoit alors qu\me porte de ville flanquée 
4c deux tours, 


( Il ) 

Molai. Alors les quatre loges de Francs-Maçonsi 
créées par le Grand-Maître s’organisent, et tous Ie« 
membres y prêtent serment D’EXTE^.RMINER 
TOUS LEâ ROîS ET LA R ACE DES BOUR- 
BONS ; DE DÉTRUIRE LA PUISSANCE 
DU PAPE ; DE PRÊCHER LA LIBERTÉ 
DES PEUPLES ; ET DE FONDER UNS 
RÉPUBLIQUE UNIVERSELLE. 

Pour n’admettre à leur vaste projet que des 
hommes sûrs , i’s inventèrent les loges ordi- 
naires de maçonnerie , sous le nom de Saint- 
Jean, de Saint-André. Ce sont celles que l’on 
connoissoit en France, en Allemagne, en Angle- 
terre ; sociétés sans secret , dont les singeries 
ne servent qu’à d mner le change, et à faire 
connoître aux vrais m.açons les hommes qu’ils 
peuvent associer à la grande conspiraiion. Ces 
loges que je pourrois appeler préparatoires , 
ont un but d’utilité réelle ; elles sont consacrées 
à la bienfaisance , et elles ont établi entre les dif- 
férens peuples, des liens de Maternité infiniment 
estimables ; aussi , vit-on les hommes les plus 
vertueux rechercher avec empressement de pa- 
reilles sociétés. Les vrais Tempiiers,ou Jacobins 
ne tiennent point loge. Leurs assemblées s’ap- 
pellent Chapitre. Il y a quatre chapitres , un 
dans chaque' vilie désignée par Jacques Molai , 


( 12 ) 

et composés chacun de vingt-sept membres» 
Leur mot d’ordre est Jakin Boos Mac-henack 
\Adouaï 1 3 J4 5 dont les lettres initiales sont celles 
de Jacohus burgundus Molai beat, anno Do- 
mini J3 14. Les autres mots sacramentels sont 
^ Kadosch , qui signifie régénérateur ; Nekom , 
qui retranche du nombre des vivans ; Paul Kal 
Pharaskal^ qui met à mort les profanes. Quand 
ils s’abordent dans leurs assemblées, ils se 
prennent les mains comme pour se poignarder. 
JIs portent , pour se reconnoître , un anneau 
d’or émaillé de rouge; et dans le cas de danger, 
ils ont sur la poitrine une croix de Malte de 
drap écarlate. Lorsqu’ils entrent dans une loge , 
ils ont seuls le droit de traverser dans le milieu 
du tapis qui est vis-à-vis le trône. Tous les 
Francs-Maçons des loges ignorent qui ils sont. 

Cet esprit de rapine , cette vengeance héré- 
ditaire , ce fanatisme régicide sont difficiles à 
concevoir dans des hommes dont rassociation 
primitive étoit consacrée par la religion. On en 
trouvera peüt - être l’origine dans leurs liaisons 
avec h vieux de la Montagne brigand fameux 
établi entre Damas et Antioche. Il faut se rap- 
peler qu’après les croisades , la Palestine fut 
ravagée par un prince de la famille des Arsacides^ 


i 



C t3 ) 

nommé EMssessin (dont les Français, dît Vol- 
taire, ont composé le mot assassin ). Cet homme 
étonnant, maître de douze villes autour de Tyr, 
avoit un vaste palais au milieu des montagnes. 
C*est là qu’il élevoit un grand nombre de jeunes 
gens à obéir aveuglément à ses ordres; il les 
plongeait dans tous les délices de la volupté ; 
il les ennivroit , les transportoit dans des jardins 
enchantés, où tous les plaisir leur étoient offerts. 

Les parfums les plus suaves , les mets les plus 
exquis, les chants les plus mélodieux, les femmes 
les plus belles charm oient ces jeunes néophites, 
et reveilloient à la fois , dans leurs coeurs , les 
passions les plus impétueuses : alors un sommeil 
forcé, les livroit au vieux de la Montagne , qui , 
prenant le ton d’un inspiré , leur disoit que le 
bonheur qu’ils avoient goûté , étoit celui que 
reservoît l’Eternel à ceux qui avoient le courage 
de servir sa juste vengeance contre les princes 
coupables qui opprimoient la terre. Si la ruse 
réussissoit , il les armoit d’un poignard , et les 
envoyo'it assassiner les rois. C’est par eux que 
périt en 1213 , Louis de Bavière, un des meilleurs 
princes de son siècle. Les Templiers leur firent 
long-temps la guerre ; et n’ayant pu les détruire, 
ils se contentèrent d’en exiger des tributs ; mais 
eniijy, les Tartares 


N 

f 14 ) 

Montagne y les Chevaliers du Temple réunirent 
ses possessions à leurs domaines , se mêlèrent 
avec les disciples d’Ebissessin , et ce fut là sans 
doute 5 qu’ils puisèrent la nouvelle doctrine qui 
dirigea depuis les successeurs de Jacohus Molaï. 
Tleprenons leur histoire. 

Dans les premiers temps , foibles , craintifs , 
sans biens , sans puissance , ils ne s’occupèrent 
qu’à chercher les trésors enfouis par leurs fon- 
dateurs, dans le commencement des persécutions 
des Templiers, et dont plusieurs -d entre eux 
possédoient le secret. Ils en ont recouvré beau- 
coup ; il en existe encore à leur connoissance, 
sur-tout dans File de Candie qui , malheureuse- 
ment pour eux, est dans la puissance des Turcs. 
Ce fut cependant à l’époque de la formation des 
loges 5 que parut le célèbre Rieu^î , cet homme 
prodigieux, qui, né dans la bassesse, s’éleva 
à la dignité de tribun qu’il fit revivre , prétendit 
rappeler dans Rome dégradée , les vertus et la 
valeur de ses premiers habitans , et rendre à cette 
ancienne capitale du monde , son premier empire. 
Il eut assez de confiance dans ses forces, pour 
appeler à son tribunal l’Empereur et le Pape , 
et assez de crédit pour se rendre redoutable à 
ces deux puissances. 


/ 


( 15 ) 

Les Templiers - Conspirateurs ont pour prin- 
cipes que tout homme capable de grands coups, 
de quelque religion, de quelque état qu’il soit, 
peut être initié; mais qu’il ne faut commettre 
que des crimes nécessaires , tendant au but de 
l’institution, et en fomentant des séditions popu- 
laires. Voilà pourquoi il y a eu des initiés parmi 
les Turcs comme parmi les Chrétiens , parmi 
les grands, comme parmi les simples citoyens. 
Leur règle s’appelle Constitutian. ( i ) 

On connoîtra leur esprit par leurs œuvres , 
quand on saura que Mai^aniello , ce terrible 
Jacobin Sicilien , qui prêcha l’indépendance , 
chassa le Vice -roi de Naples, et ne .montoit 
sur son tribunal populaire , qu’entouré de têtes 
de proscrits , étoit initié^; que Ci'omwel , qui fit 
périr Charles sur l’échafaud, et rétablit la 
franc-maçonerie en Angleterre, étoit initié; que 
les Supérieurs des Jésuites étoient initiés ; les 
Jésuites qui ont fait assassiner Henri IV et 
Louis XV , qui ont poignardé le Stathouder 
Maurice' de Nassau , qui ont empoisonné 
Henri VII , empereur , dans une hostie saupou- 
drée par la main sacrilège de Monte-F uiciano ^ 


( I ) Le niveau de Vîgalité , le bounet de la liberté' , leg 
couleurs nationales , une foule de mots nouveaux , consacrés 
par la révolution, sc trouvent dans les loges maçoaiqucs. 


ont été convaincus de trente-neuf conspiratîonfl 
et de vingt-un régicides ( i ). i 

Mayenne 5 qui fit prêter le serment de la ligue 
dans la même salle où les Jacobins de Paris 
s’assembloient^,étoit initié. Ce sont eux qui ont 
dirigé la révolution de Portugal ^ en 1640; qui 
la préparèrent pendant trois ans , avec un secret 
incroyable; qui proscrivirent Philippe IV ; mas- 
sacrèrent Michel Vasconcellos ( 2 ). 

On peut se rappeler ce fameux tribunal secret 
qui 5 présidé par Brockaghïf ^ fit périr sous le 
poignard tant de seigneurs souverains de PAlle- 
,, magne ( 3 ). Brockaghif étoit le chef d*un 
■^chapitre. Ce sont ses disciples qui, pour ren- 
verser rimpératrice de Russie, voulurent fonder 
la ville et la forteresse de Gerzom , sur la mer 


( I ) Arrêt du parlement de Paris, du 6 août 1762 , qui 
chasse les Jésuites. Les a-t-il tous chassé? Je voudrois l’affir- 
mer : mais à quelle école nos grands révolutionnaires out-iîî 
tté élevés ? 

( 2 ) Lisez l’histoire des révolutions de Portugal et de 
conspiration du Brésil. 

{ 3 ) C’est ce tribunal qui a fourni le sujet de la pièce 
intitulée Rohtrt , Chef des Brigands^ et qu’ori donne au théâtre 
de la République. L’auteur philantrope de cette pièce trou- 
veroit sans doute deux sujets intéressans dans l’histoire de 
Jacques Molai , et dans celle du vieux de la Montagne, Qu’il* 
seroient bieu reçus par les trente mille amis de Babeuf ! 

noire , 


( 17 ) 

noîre , et y établir une colonie libre d’initiés. 
Catherine découvrit le complot, et trois seigneurs 
de sa cour, qui y avoient trempé, furent décapités. 
En 1781, les Francs -Maçons de Pétersbourg , 
divisés en deux partis, prirent les armes, espérant, 
à la faveur d’une émeute, assassiner l’Impératrice; 
mais elle prévint la sédition par un édit. 

Milord Dervent-Waters , Grand - Maître en 
1735 , conspira contre l’état, et fut exécuté à 
Londres. 

Chaque chapitre a un membre voyageur qui 
visite les autres chapitres , et établit entr’eux 
une correspondance. Le fameux comte de Saint- 
Germain le fut pour Paris ; Caglïostro est celui 
de Naples , et il ne se mêla de la célèbre af- 
faire du collier que pour former à la cour un 
initié qui conspirât contre elle (i). 

Quoique les loges maçonniques soient fermées 
en France, le chapitre créé par Jacques Moîai 
existe toujours, et jamais les Templieis Jaco- 


(i) Ceux qui prirent quelqii’intërêt à l’affaire du collier , 
peuvent se rappeler la loge égyptienne établie à Paris par 
Cagliostro , et la scène plaisante de phantasœagorie préparée 
pour illuminer le Cardinal de Rohan. Le comte de Saint- 
Germain et Cagliostro avoient coutume de se dire âgés de 
plusieurs siècles : c’est qu’ils datoient leur naissance, comme 
le» initiés , du jour où péritjacqyes Molai , iS mars 

B 


( * 8 ) 


bïns ne furent plus puissans. « Des Calvinistes , 
» des hommes de toutes les sectes , des person- 
33 nages considérables , d’anciens ministres , des 
» généraux d’armée , des membres des premiè- 
» res assemblées conspirent encore : un club 
» établi à Morat, est le foyer de la conspiration ». 

Les principaux initiés , qui ont joué un rôle 
dans la révolution française , sont Mirabeau , 
Fox y le Duc (T Orléans y Robespierre , Cloot:^ , 
' Danton y Dumourie^ y St, Fargeau, Le Grand- 
Maître actuel est le Dut de Sudermanie y Ré- 
gent de Suède. 

C’est par la prise de la bastille que commença 
la révolution et les initiés la désignèrent aux 
coups du peuple , parce quelle avoit été la pri- 
son de Jacohus Molai, Avignon fut le théâtre 
des plus grandes atrocités , parce qu’il apparte- 
noit au Pape, et qu’il renfermoit les cendres du 
grand-maître. Toutes les statues des rois furent 
abattues ahn de faire disparoître celle d’Henri IV. 
qui couvroit la place où Jacques Molai fut exé- 
cuté : c’est dans cette même place et non ailleurs , 
que les initiés vouloient faire élever un colosse 
foulant aux pieds des couronnes et des thiares , 
et ce colosse n’étoit que l’emblême du corps des 
Templiers. Que de traits je pourrois rappeler ! 
mais je me borne aux principaux faits. 

Le roi de Suède étoit l’allié de Louis XVI. 



( 19 ) 

îors de la fuite à Varennes, Gustave vint jus- 
qu’aux frontières pour le recevoir et le protéger ; 
mais le duc de Sudermanie fit assassiner son 
frère par Ankerstrœum, franc-maçons , qui, précé- 
deiUment condamné pour vol à être pendu, avoit 
obtenu sa grâce du Roi. Comme tout Templiers 
peut gouverner ^ mais ne peut pas régner, on a 
vu aussitôt le duc de Sudermanie faire alliance 
avec les Jacobins de Paris, enlever aux nobes 
Suédois beaucoup de leurs privilèges , restraindre 
les prérogatives du jeune roi dont il est tuteur, 
et contre les jours duquel on a déjà attenté 
deux fois. 

D’un autre côté , le grand-maitre du chapitre 
de Paris, Philippe d’Orléans, opéroit la chute 
de Capet et de sa famille. Pour arriver au but 
marqué par les initiés , il fallpit frapper de grands 
coups , et les frapper rapidement. Pendant deux 
ans , les Adeptes tinrent chapitre dans le palais 
du grand-maître , ensuite dans le village de 
Passy. C’est là que Silleiy, Valence, Dumou- 
riez, d’Aiguillon, Clootz , Lepelletier,, Mer..., 
î’abbé S.... les Lameth , Mirabeau , D. , — C...é 
le Baron de M.... (i) Robespierre préparoient 
les plans qu’ils livroient aux conjurés du second 

(t) Le cachet dont se sert ©rdmairement porte la 

devise de l’erdrc, 

B a 


( 10 ) 

ôrdrc; c*étoît Barere, Thu.... Void.. Dantotl, 

Roe Pétion 3 Marat, Brissot, Clootz. Ta....&c. 

qui dévoient les soutenir , les développer , les 
traduire en h^nguo philosophico-r évolutionnaire y 
et les faire prêcher au peuple par Torgane des 
Manuel, Gorsas, Carr^, Hébert 3 Collot, Lou... 
Ché.... &c. 

L’or de Philippe n’est point épargné ; d’abord 
les parlemens sont divisés , on parvient ensuite à 
les détruire. Pour mettre le peuple en action , 
d’Orléans accapare les blés (i) et les exporte 
dans les îles de Gersey et Grenesey , tandis que 
scs coryphées accusent le Gouvernement d’orga- 
niser la famine. Leurs agens parcourent les cam- 
pagnes , massacrent les nobles , les riches , les 
prêtres , incendient les châteaux et ravagent les 
moissons. Lès propagandistes séduiserrt les trou- 
pes 3 et se répandent dans l’étranger ; ils y pré- 
parent l’assassinat de Gustave , les mouvemens de 
Berlin (2) ; le déchirement de la Pologne (3)3 les 


(i) Voyez l’histoire de la conspiration de Philippe , 3 vol. 
Paris 1796. 

{2) Tous les Journaux du temps s’accordent à dire que 
c’est dans les loges maçoniques que se prëparoient ces mou- 
vemens ; l’autorité les arrêta à .emps, 

( 3 ) Personne n’ignore que Kocsiusko vint prendre ses ins- 
firucûeas à Paris , et qu’il fréquenta le duc d'Orléans. 



( 21 ) 

dissentîons de la Hollande , l’insurrection des 
Liégeois , et le soulèvement des Pays-Bas. 

Après avoir fait les journées des y et 6 octo- 
bre 5 Philippe se rend lui-même à Londres pour 
conspirer avec Fx>x , Stanhope , Shéridam ^ les 
Docteurs Price et Priestley. Les initiés établissent 
le club des Jacobins , et rappellent le Grand- 
Maître. Peu après son retour , les journées du 
20 juin et du lo août renversent le Trône (i), 
Philippe avoit épuisé ses coffres , et son ambition 
le perdit. Après la mort du Roi , il croyoit saisir 
Içs rênes de l’état ; il eût réussi sans doute , mais 
les initiés se divisèrent. La perte des Bourbons , 
jurée par les Templiers , ne lui permettoit de 
gouverner qu’en perdant son nom ; il crut qu’il 
suffisoit d’y renoncer ; il renie son Père à la tri- 
bune des Jacobins ; il proteste à la Commune que 
sa mère, prostituée, reçut dans son lit un cocher^ 
et qu’il est le fruit de ces impudiques amours. 
Il supplie humblement qu’on lui ôte son nom , 
et il prend celui à'Egalité, Mais Robespierre 


(i) En mars 1788 , le Roi avoit voulut s’attacher d’Orléant 
par une double alliance. Il proposoit de marier la fille de 
Philippe au fils aîné du comte d’Artois , et le duc de 
Chartres à uue princesse de Naples , mais fidèle au sermcîU 
parricide , Philippe avoit letltsé, 

B 3 


( )' 

avoit déjà un parti , et d’Orléans , méprisé même 
de ses complices, est sacrifié. 

Tandis que Clootz , illuminé prussien , et 
Chaumette renversoient les autels , un Italien , et 
Cagliostro conspiroient à Rome. Cagliostro fut 
jeté dans' les cachots du château Saint Ange , 
et l’autre Templier fut pendu, masqué, et avec 
cet écriteau : Cest ainsi qu'on punit Us Francs- 
Maçons* 

L’Empereur périt bientôt victime des en- 
nemis jurés des Rois. Léopold ne tarda pas à 
le suivre; le valet-de-chambre de l’Empereur, 
soupçonné d’avoir empoisonné son maître et 
, Léopold, a fait, dans ses interrogatoires , l’aveu 
de ces deux crimes , et a déclaré en avoir reçu 
le salaire du duc d’Orléans (i). 

Depuis quatre ans l’Irlande s’agite et menace 
de se soulever : elle possède un chapitre de 
Templiers. Les chefs sont à Londres , et déjà 
Georges assailli quatre fois , a pensé perdre la vie 
le 13 octobre et le 3 février de cette année. 

Un journal de pluviôse dernier , nous apprend 
que les Francs-Maçons ont pris en . Irlande le 
nom de Defenders ^ et qbè James Feldor yCon- 


(î) Voyez le Journal des JaccMns à cette époque , article 
€®rrespoadanee. 


( ) 

damné le 12 décembre è Dublin , comme cou- 
pable de haute trahison , portoit sur lui Técrit 
suivant. 

Demande^ Je suis intéressé ? — Réponse. Et 
moi aussi. — Z>. Avec qui ? — K. Avec la Con- 
vention nationale. — D. Quel est votre but ? 

— R. La liberté — D. Où est votre projet X 

— R. Sa base est fondée sur le roc. — D. Que 
vous proposez-vous ? — R. De subjuguer toutes 

les nations , de détrôner les rois — Où le 

coq a-t-il chantéj quand tout Funivers Pa entendul 

— R. En France. — D. Quel est le mot de passe? 

— R. ELIPHISMATIS. 

Ces faits tendent à prouver , que si les étrangers, 
les anti-religionnaires , les anarchistes ont sans 
cesse troublé la tr anquillité publique , ils n’étoient 
que les instrumens d’une faction constamment 
conspiratrice , celle des initiés, qui , parlant tou- 
jours des grands intérêts du peuple , n’est occupée 
que des siens. C’est dans cette faction que se 
confondent les Orléanistes , les Dantonistes, ieî 
Cirondins, les terroristes, et tous ces noms 
ventés pour tromper les gens crédules. Les grands 
troubles politiques se sont opérés près des points 
de réunion des chapitres des Templiers. C’est en 
Suède , en Angleterre , en Italie , en France que 
les trônes sont attaqués, chancellent ou tombent 

B4 


( H) 

que la puissance ecclésiastique se détruit , et que 
les vrais Francs-Maçons, lés Jacobins , ligués sur 
la tombe de Jacobus Molai^ établissent Tindé- 
pendance, s’emparent des richesses et du gouver- 
nement. Les premiers électeurs de Paris (Lavïgne, 
Moreau de Saïnt-Mérj , Deleutre , Duveyrier , 
Danton , Dejoly \ Champion , Keralïo , Guillo- 
tin ( { ) ^etc, etc, ) La première commune de cette 
ville , les premiers Jacobins , étoient presque tous 
Francs-Maçons , et à la tête des loges , quoiqu’il 
n’y eût en France que vingt-sept initiés. On ne 
sera plus surpris ^ si bientôt on voit tomber sous le 
glaive le roi d’Angleterre, le roi de Suède, le 
pape et l’empereur. 

Il y a donc en Europe une foule de loges ma- 
çonniques ; mais elles ne signifient rien. Les vrais 
Maçons Templiers ne sont que cent huit sur la 
terre ; ce sont eux qui , par vengeance , par am- 
bition , et par système, ont juré le massacre des 
rois, et Tindépendance de l’univers. Dans leurs 
ç^înférences, s’agitent les grandes questions d’état. 
SfcTun d’eux révèle le secret , il est puni de mort. 

(ï) Guilloün , à jamais célèbre par sa terrible inventioa 
me'canique , qu’oa ne doit cependant qu’à ses principes d’hu- 
jnanité , e'toit vénérable d’une loge. C'est là qu’il fabriqua la 
fameuse /éOV/on des six corps , qui le fit nommer aux états jé- 
tiéraux, 


( ^5 ) 

Tout membre a fait à Torcjre le sacrifice de sa vie, 
et Tordre en dispose souvent, si cela est utile à 
sesintérêts. 

Toutes les cérémonies des loges ordinaires, 
quoique conformes au but de Tassocialion , puis- 
qu’il n’y est question que de venger la mort d’un 
certain Hiram , architecte du temple de Salomon^ 
ne servent qu’à masquer la constitution de l’ordre, 
et à éprouver ceux qu’on appellera à connoître le 
grand secret (i) ; car on ne peut se présenter soi- 
meme au chapitre , quand même on en connoî- 
troit l’existence. 

Deux souverains seuls ont su toute la vérité sur 
la maçonnerie, et ne l’ont pas craint : c’est Fré- 
déric et Catherine. Le roi de Prusse actuel , qui 
est grand-maître d’une loge d’illuminés , n’est que 
la dupe d’une comédie insignifiante , mais il est 


(i) Une des épreuves sublimes en usage dans les loges , est 
de poignarder , dans une caverne , l’assassin d’Hiram , d’ap- 
porter sa tête sur l’autel , et de boire dans un crâne humain. 
Le récipiendaire a les yeux couverts d’un bandeau ; on lui 
fait égorger un mouton dont on lui a fait tâter le cœur qui 
palpite ( l’estomac de l’animal est -rasé. ) Pendant que le réci- 
piendaire se lave les mains , on substitue à la tête du mouton 
une tête de cire ensanglantée , que le Franc-Maçon aperçoit 
quand il a les yeux libres , et qu’on enlève à l’instant , pour 
lui laisser l’illusion. A la Réception du duc d’Orléans , la tête 
portoit une ççuronne d'or. 


. (i6) 

entouré d’initiés ; et quand leur parti sera plus 
fort, Guillaume subira le sort du roi de Suède, 

Le duc de Sudermanie n est pas le seul prince 
initié. L’oncle de Guillaume est Templier (i). Le 
prince Potenski, ce fameux ministre de Cathe- 
rine , son amant , et l’assassin de Pierre III , étoit 
Templier. On croit que le grand-duc est initié, 
et que c’est un des motifs qui lui ont fait refuser 
la couronne à sa majorité. 

Tel est, en peu de mots, le mystère delà 
Franc-Maçonnerie , dénié, nié, ignoré, ridiculisé 
pendant cinq siècles. Cela peut paroître une fable 
à celui qui ne connoît pas les ressources immenses 
de cette secte ; mais qu’il soit admis une fois dans 
une simple loge , et fesprit qui y règne , lui fera 
juger de* * celui qui doit animer les chefs. 

Que n’auroient point fait les sectateurs de Mo- 
lai , si l’horreur de la tyrannie , si le sentiment 
de la véritable liberté n’avoient amené le 9 ther- 
midor ! Pendant quelque temps , on crut au règne 
des lois ; les Jacobins , par-tout démasqués , ca- 
choient dans l’ombre la honte et le mépris , dont 


(t).G’est sous S£S auspices que les meneurs voulurent, ca 

*7g2, envoyer à Berlin le G. L. . . . . d d’Av. . , . , auteur 
dramatique , pour organiser une révolution qui mît Henri à 
la tête du Gouvernement. L’auteur , qui n’êtoit point Tem- 
plier , et qui eraignoit d’être pendu , refusa ttès-sagement» 


( 27 ) 

ils étoîent, couverts ; mais ils ourdissoient d« 
nouvelles trames ; ils aiguisoient de nouveaux 
poignards. 

L’indignation générale repoussoir dans les 
départe mens les criminels proconsuls gorgés 
d’or et du sang des peuples ; ils se virent au mo- 
ment de perdre le pouvoir que Festime et la con- 
fiance publique ne réser voient qu’aux législateurs 
laborieux, ils sentirent qu’ils rendroient compte 
de leur conduite , s’ils ne parvenaient, à quelque 
prix que ce fût ^ à conserver l’autorité qu’ils 
avoient usurpée, à rendre à leurs affidés le cré- 
dit perdu, à venger la mortde Robespierre.,,.. ! 1 ! 
Une nouvelle révolution fut décidée. Que le vul- 
gaire inconstant et crédule s’imagine que les jour- 
nées de Vendémiaire sont le fruit des seuls efforts 
du royalisme , qui , libre de se prononcer dans 
les assemblées primaires , n^a pas compté plus de 
cent votans pour lui , qu’il croye que vingt- 
quatre sections de Paris , qui n’avoient ni armes 9 
ni munitions , ni vivres, ni finances , ni centre de 
réunion , ont conspiré sous'ies bâyonnettes de 
cinquante mille étrangers; qu’il croye que ceux 
qui réclamoient hautement l’exercice entier des 
droits du peuple sont les ennemis de la liberté!... 
ce n’est pas pour lui que j’écris ; il ne pourroit 
m’entendre ; mais vous ne vous laisserez pas 


( ) 

tromper, vous qui savez juger la conduite des 
hommes par Tintérét qu’ils ont à agir ; vous qui 
savez que le moyen d’augmenter sa puissance 
est de se rendre nécessaire , en créant des dan- 
gers imaginaires, et que le secret de cacher des 
crimes est d’en accuser ceux qu’on veut immoler: 
vous vous rappellerez toutes ces lois révolution- 
naires rendues après l’acceptation de la constitu.» 
tion , les émissaires envoyés dans les départemens , 
les courriers retardés, les journaux intercéptés 
par le gouvernement , le secret des lettres violé : 
vous vous rappellerez de quelle étrange manière 
on a rendu compte du vote des départemens , et 
ce système de calomnie exercé contre les sec- 
tions de Paris , avant même qu’elles fussent ou- 
vertes ; vous les verrez entourées , pressées , me- 
nacées par une armée formidable , tandis que 
les égorgeurs de Septembre , les assassins de 93 * 
armés par les comités , se plaçoient insolemment 
entre le peuple et la représentation nationale , 
piêtS; à frapper l’un ou l’autre , suivant les cir- 
constances, et vous ne larderez pas à çonnoître 
les véritables conspirateurs. 

Si le tableau de ces temps malheureux ne suffit 
pas pour vous éclairer , vous jeteriez les yeux sur 
celui que vous offre maintenant la république. 
Vingt-deux départemens livrés au gouvernçmeî^t 



( ) 

militaire, le midi comprimé par les monstres qui 
ont incendié Bédouin, et qui composèrent Fin- 
quisition d’Orange ; les exclusifs promus aux 
places les plus importantes; le gouvernement 
trompé par ce sectaire adroit , qui,, toujours 
couvert d\in voile mystérieux, fut tour à tour le 
conseiller de Philippe et de Robespierre. : enfin , 
à la tête des autorités , les partisans du Grand- 

Maître des initiés, le duc d’Orléans (î) 

Que de réflexions font naître un pa.reil rappro- , 
chement ! * 

Ce n’étoit pas assez pour les initiés conspira- 
teurs de tromper,d’égarer , et quelquefois i^iême 
de maîtriser le gouvernement ; il falloit encore 
réaliser les rêves cochemariques de Marat, de 
Carier et de Joseph Lebon. Persuadés que Fau- 
dace effrenée du crime Femporte sur le courage 
de la vertu , comptant également sur l aveugle- 
ment du peuple , sur la pusillanimité des pro- 
priétaires , sur le crédit des députés exclus , sur 
Fappui des Montagnards , ils osent proclamer 
leurs principes désorganisateurs. Toulon, Péri- 


(i) Merlin , ci-devant président du conseil du duc d’Or- 
léans ; Leclerc , fils du cocher de son altesse jacobite, adju- 
dant général ; le marquis de Barbantane , commandant à Mar- 
seille ; le comte de la Touche , vice-amiral ; Comméras , défen- 
seur ©fficieux de Philippe , envoyé en Suisse , etc, eU. etc, eîç. 


( 30 ) 


gueux, Limoges, Arras, Bourges Amiens, Dijon , 
Besançon, Arles, Tarascon, livrées à leurs par- 
tisans, secondent leur projet. On méprise d’abord 
leurs vociférations , mais bientôt leur plan est 
connu ; qu’il est vaste , atroce et digne d’eux ! 
Sylla , Marius , Octave, vous n’êtes que des bri- 
gands subalternes. Vos proscriptions quV l’uni- 
vers abhorre , n’étoient que le passage orageux 
de la liberté à un despotisme régulier; mais Ba- 
beuf, Amar , Antonelle, Vadier ont des concep- 
tions plus hardies. Le massacre , l’incendie , le ^ 
viol , la famine , la guerre civile , la peste , le 
pillage , rien n’est oublié dans leur complot anar- 
chique. Les horreurs des premiers jours de la ré- 
volution se retracent avec délice à leur imagina- 
tion^ ils promettent comme une faveur, cqmme 
une récompense le spectacle hideux et terrible de 
ces têtes défigurées , promenées sur des piques , 
de ces corps mutilés et traînés dans la fange. Le 
supplice des Berthiers , des Foulons , menace 
tous les hommes vertueux et leurs entrailles pal- 
pitantes doivent , comme celles de Witt, être 
pffertes pour alimens au peuple. Les modernes 
Catilina sont démasqués ; mais Tullus n’a point 
encore paru dans le sénat ; ils sont arrêtés : mais 
tel est le sentiment de leur force , de leurs res- 
sources, de leur puissance , qu’ils menacent dans 



C 51 ) 

leurs fers, et que du fond de leur prison ils pré- 
chent la révolte et le carnage. 

Quel sera Tissue de cet horrible complot f Je 
Favouerai, le nombre immense des coupables, 
qui ne sont pas connus , Ja sécurité apparente da 
Gouvernement , la lenteur du corps législatif. Fin- 
digence du peuple m’épouvantent ; un seul mo- 
ment de foiblesse peut tout perdre. Puissent mes 
sinistres pressentimens ne pas se réaliser ! puisse 
le peuple jouir paisiblement de sa constitution, 
ne plus permettre les proscriptions ! Puissent la 
paix générale et le calme intérieur mettre fin à la 
révolution , et ne coûter des larmes qu’aux enne- 
mis de la liberté !